Les Degrés du Tawhid Expliqués par la Sourate Al-Kahf

Introduction

« Dieu a créé l’homme pour qu’il soit Son Khalifa (Khalife, représentant). »

Aujourd’hui, avec vous, j’aimerais aborder un sujet fondamental : une notion connue dans la révélation et présente dans toutes les grandes religions, mais difficile à comprendre – celle du Tawhid. Tout le monde en a une idée, mais comment l’expliquer ? Comment lui donner un sens en langue française ?

Le Tawhid peut prendre plusieurs définitions. Pourquoi ? Parce qu’il comporte plusieurs degrés, plusieurs niveaux. On peut le comprendre comme :

  1. « Aller vers Dieu » (le « je »).
  2. « Dieu est avec l’homme, et nous entrons dans Sa proximité » (le « nous »).
  3. « Se fondre en Dieu » (le « Lui » seul).

C’est un sujet crucial, présent à chaque époque, mais qui prend aujourd’hui un sens particulier.

La Sourate Al-Kahf et les Degrés du Tawhid

Cette Sourate nous explique le Tawhid, ses degrés et ses niveaux. Chaque créature accomplit le Tawhid avec Dieu :

  • Les anges, le ciel, le soleil, la lune, les planètes, les étoiles, la terre, les montagnes, les animaux, les oiseaux, la végétation – tout est dans le Tawhid.

On peut donc le comprendre comme le fait d’entrer dans l’ordre que Dieu a voulu pour Sa création. Mais pourquoi la Sourate Al-Kahf – une Sourate eschatologique – parle-t-elle du Tawhid ? Quel est le lien avec l’eschatologie ?

La réponse se trouve dans l’histoire de Al-Khidr et Moise (Moise), qui illustre les trois degrés du Tawhid :

  1. Le « je » : « Je vais vers Dieu. »
  2. Le « nous » : « Nous allons vers Dieu, présents dans Sa présence. »
  3. Le « Lui » : « Il n’y a que Dieu. »

C’est là l’enseignement essentiel de ces trois degrés du Tawhid. Dieu nous a créés pour ce troisième Tawhid, mais nous ne le voyons pas, nous ne le concevons pas. Nous pensons qu’il est réservé à une élite, alors qu’il est pour tous les hommes. Il suffit de cheminer dans la voie du Tawhid pour y parvenir, avec sincérité, en ouvrant notre cœur et en abandonnant notre raison, notre raisonnement et notre personnalité – tout ce sur quoi nous nous sommes construits durant toutes ces années. Et laisser Dieu nous construire, nous éduquer, nous élever comme Lui veut que nous soyons, et non comme nous voulons être.

Première Histoire : Le Bateau Percé et le « Je »

Al-Khidr et Moise montent dans un bateau. Al-Khidr le perce, et il coule. Pourquoi ? Parce qu’un roi tyrannique s’apprêtait à confisquer tous les bateaux. En le coulant, Al-Khidr l’a sauvé pour ses propriétaires (des pêcheurs pauvres).

Ce symbolisme renvoie au temps : le présent (temps chronologique : passé/présent/futur). L’acteur est Iblis, maître de ce premier niveau. Pendant 5 000 ans (ou 50 000, selon les hadiths), il a adoré Dieu dans l’instant présent, avec un « je » absolu. Mais quand Dieu lui ordonne de se prosterner devant Adam, il refuse : « Je suis fait de feu, lui de terre. Je vaux mieux que lui. »

Iblis reste bloqué au « je » : il n’accède pas au « nous », niveau des anges. Chacun de nous passe par ce stade : nous allons vers Dieu avec notre « je », selon notre propre construction.

La nature d’Iblis, le feu, c’est le « je » – premier Tawhid.

Deuxième Histoire : Le Mur Reconstruit et le « Nous »

Al-Khidr et Moise arrivent dans un village. On leur refuse l’hospitalité. Pourtant, Al-Khidr reconstruit un mur gratuitement. Moise proteste : « Pourquoi ne pas exiger un salaire ? » Al-Khidr répond : « Sous ce mur se cache un trésor destiné à deux orphelins, fils d’un homme vertueux (saliḥ). »

Le trésor : selon un Hadith, une plaque d’or gravée de la Chahada : « Lâ ilâha illâ Llâh, Muhammadun rasûlu Llâh » (« Il n’y a de divinité si ce n’est Dieu, Muhammad est Son messager »). Les deux orphelins : identifiés au Messie (Jésus, fils de Marie) et au Mahdi (fils de Fatima).

Le temps ici : il ne s’agit plus d’agir pour le présent ou les générations futures, mais pour la finalité de tous les temps – une destinée que Dieu a voulue et qui reviendra à Ses élus. C’est le troisième Tawhid : agir au nom de Dieu pour la réalisation de Son dessein, en tous lieux et en tous temps.

La nature de l’ange, la lumière, le « nous » – deuxième Tawhid.

Le Troisième Degré : Le « Lui » Seul

Celui qui atteint ce niveau sort de tous les temps (passé/présent/futur). Il agit pour la fin des temps, la perfection de l’homme et de la société que Dieu a voulue – celle du Messie et du Mahdi. Il comprend que le commencement est la fin, et la fin, le commencement.

Prenons un événement majeur qui nous touche tous : l’injustice subie par le peuple palestinien. Trois façons d’y répondre, selon les degrés du Tawhid :

  1. « Je » (niveau Iblis) : « Il y a des morts, de la famine, des massacres. Il faut agir maintenant, dans mon temps à moi. » On agit au nom de Dieu, mais avec son « je », selon sa propre vision.
  2. « Nous » (niveau des anges) : « Nous sommes témoins de cette injustice. Agissons ensemble, dans la proximité de Dieu. » L’action dépasse l’individualité, mais reste liée à un contexte temporel.
  3. « Lui » (niveau des élus) : « Cette injustice s’inscrit dans le dessein de Dieu. Agissons pour la finalité qu’Il a voulue, au-delà du temps. » On témoigne pour la fin des temps, comme le Messie et le Mahdi.

La nature de l’homme, la terre, le souffle de Dieu – c’est le troisième Tawhid.

Deux Figures Clés : Al-Khidr et Dhûl-Qarnayn

Ces deux personnages illustrent deux approches complémentaires du Tawhid :

  1. Al-Khidr agit au commencement (ex. : il perce le bateau avant que le roi ne le vole). Son action préventive évite un mal futur.
  2. Dhûl-Qarnayn (l’« Homme aux deux cornes ») : Dieu lui donne « le sabab de toute chose » (sabab = cause, moyen). Il agit sur la finalité, en connaissant l’origine et la destination de toute chose. « Il verrouille tout » : entre le commencement (Al-Khidr) et la fin (Dhûl-Qarnayn), rien n’échappe au dessein divin.

Conclusion

Le Tawhid se déploie en trois degrés – du « je » d’Iblis au « nous » des anges, jusqu’au « Lui » pour tous les hommes créés comme Khalifa de Dieu. La Sourate Al-Kahf, à travers les histoires de Al-Khidr et Moise, et les figures comme Dhûl-Qarnayn, montre comment entrer dans l’ordre divin, au-delà du temps personnel, pour réaliser Son dessein eschatologique. Il suffit de se remettre à Dieu, en cheminant avec sincérité.

« Il n’y a rien d’autre que Dieu. »

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